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Lieu

Europe

Thème

Productions techniques, savoir-faire

Type de document

Articles scientifiques

Période

Préhistoire

Format

Article

Année de production

2021

On pensait que les Néandertaliens avaient été incapables de s’adapter au changement climatique des derniers épisodes glaciaires… Une équipe de recherche internationale (dont l’UMR PACEA) publie cette semaine dans Scientific Reports un article qui affirme qu’au contraire, les Néandertaliens auraient été poussés à produire des innovations technologiques afin de s’adapter. 

Les Néandertaliens ont été souvent considérés comme des populations cherchant refuge dans le sud de l’Europe lors des périodes glaciaires et dont la disparition serait à imputer à un changement climatique auxquels ils n’auraient pas été capables de faire face. Une équipe internationale d’archéologues, écologues et modélisateurs du climat met à mal cette idée en montrant que les Néandertaliens de l’ouest et sud-ouest de la France ont produit des innovations technologiques pour continuer à exploiter leurs territoires entre 70 000 et 60 000 ans avant le présent, lors d’un fort refroidissement du climat.

L’idée selon laquelle les Néandertaliens étaient porteurs de cultures relativement simples et imperméables à l’innovation a été contredite à plusieurs reprises aux cours des dernières années par des découvertes montrant la complexité des leurs comportements techniques et symboliques. L’idée persiste encore que ces populations étaient incapables de s’adapter à des changements environnementaux majeurs et préféraient chercher refuge dans les zones plus méridionales de l’Europe pendant les phases les plus sévères des périodes glaciaires. A plusieurs reprises, un changement climatique a été évoqué comme la seule raison de leur disparition, et cela avant même l’arrivée des Hommes Modernes en Europe.

Pour vérifier l’hypothèse d’une prétendue incapacité des Néandertaliens à faire face aux changements climatiques, une équipe de chercheurs de plusieurs nationalités (française, américaine, italienne et équatorienne) appartenant au CNRS (UMR PACEA-Université de Bordeaux), Muséum National d’Histoire Naturelle, l’INRAP, et l’Université du Kansas a appliqué une technique qui a fait ses preuves en écologie (appelée modélisation de niche écologique) aux sites néandertaliens français datés entre 82 000 et 60 000 avant le présent.

La période concernée couvre la fin du dernier interglaciaire, caractérisée par des conditions climatiques proches de l’actuel et, à partir de 70 000 ans, une phase glaciaire, appelée Stade Isotopique 4. L’intérêt de la modélisation de niche écologique est qu’elle permet, en utilisant la localisation de sites attribués à différentes cultures archéologiques et des modèles climatiques à hautes résolutions, d’identifier les niches écologiques exploitées par chaque culture néandertalienne et de pouvoir les comparer de façon quantifiée. C’est en reconstituant leurs niches successives que les chercheurs se sont rendus compte qu’à l’arrivée des grands froids du Stade Isotopique 4, certaines communautés néandertaliennes ont changé leurs façons de fabriquer des outillages en inventant un mode de taille et de retouche des outils appelé « Quina », du site éponyme en Charentes, et ont continué à exploiter les mêmes territoires. La comparaison des niches montre que, contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, ces communautés n’ont pas recherché plus au sud des territoires semblables à ceux auxquels elles étaient adaptées, mais sont restées sur place en faisant face au changement climatiques avec des innovations technologiques. Le résultat de ce comportement est une niche plus petite et différente de celle de la période précédente, par rapport à ses dimensions environnementales. Les chercheurs font remarquer que la technologie Quina est plus souple que celle utilisée auparavant et permet de réaffuter les outils à plusieurs reprises, rendant les groupes néandertaliens moins dépendants des sources de matières premières et en particulier de silex de bonne qualité. Ceci leur a permis une plus forte mobilité et indique leur grande capacité à s’adapter à des milieux changeants.

Reference de l’article : Banks WE, Moncel M-H, Raynal J-P, Cobos ME, Romero-Alvarez D, Woillez M-N, Faivre J-P, Gravina B, d’Errico F, Locht J-L, Santos F. An ecological niche shift for Neanderthal populations in Western Europe 70,000 years ago. Sci. Rep. 2021.

https://www.nature.com/articles/s41598-021-84805-6

un projet du Laboratoire d'Excellence Sciences archéologiques de Bordeaux (ANR-10-LABX-52) réalisé grâce au soutien de :

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